Sunday 22 July 03h06  Accueil   Plan du site   Liens   Contact  Admin
Etablissements hospitaliers  ESF Saint-Antoine 
Souffler n’est pas jouer !

« Avec un parfait naturel et sans cesse, tu mens comme tu respires ! Tu es un piètre menteur puisque tu es découvert ; qu’en est-il de ta respiration ? ».

Du premier cri au dernier soupir, tu absorbes l’air et tu le rejettes. Ta vie est une grande affaire de respiration. Elle est à ce point importante que tu as l’AIR triste, fatigué ou d’excellente humeur. Tu respires la santé. Ou encore, tu ne manques pas d’air ! Tu es « gonflé » ! Ton souffle est court ? A bout de force, à bout de souffle, tu en trouves un second. Tu le retiens quelquefois et certains événements te le coupent.

Ta respiration est habituelle

Si elle était naturelle, dans un même contexte, nous respirerions tous de la même manière. Loin s’en faut. Nous jouons avec les multiples moyens à notre disposition pour mobiliser l’air et respirer. C’est-à-dire pour répéter l’action de souffler DANS et de souffler HORS de notre corps - inspirer et expirer.

Difficulté première, ta respiration est automatique : « Elle se fait toute seule ! » ... Oui mais elle est aussi volontaire et tes expériences cumulées, l’histoire de ta respiration dans ces moments où tu la contrôles, imprègnent et modifient, modèlent ta respiration automatique qui, à son tour, limite différemment la forme de ta respiration volontaire.

La deuxième difficulté relève d’une ambiguïté de langage : la respiration, l’inspiration, l’expiration sont les actions de respirer, d’inspirer et d’expirer mais aussi le résultat de ces actions. Cela contribue à la plus grande confusion quant aux tenants et aux aboutissants de la ventilation.

— Comment fais-tu entrer l’air dans tes poumons ?
— Ben, je respire.
— On inspire !
— Comment réalises-tu l’inspiration ?
— L’air entre et soulève les côtes.
— Comment l’air est-il entré ?
—  !!??

A cet instant des débats, certains apprécient, avec une satisfaction nouvelle l’aspect automatique de la respiration. Pendant ce temps, nous pouvons au moins réfléchir à « comment ça marche ! ».

Comment l’air est-il entré ?

— Ca rentre tout seul !
— On n’a pas besoin d’y penser !
— C’est automatique !
— La respiration peut-elle être volontaire ?
— Oui.
— Alors dans ce cas précis, comment fais-tu entrer l’air dans tes poumons ?
— C’est le cerveau qui décide.
— Il y a des muscles chargés de cela.
— Ce sont les alvéoles qui s’ouvrent.
— Le diaphragme se contracte.
— ...

Comment déplaçons-nous l’air pour l’amener dans nos poumons ?

Notre cerveau, automatiquement ou sous notre contrôle, commande à un ou plusieurs muscles d’augmenter le volume thoracique. Ce mouvement entraîne l’abaissement de la pression intrathoracique et, en conséquence, la création d’un courant d’air allant de l’extérieur du corps vers l’intérieur des poumons : c’est l’inspiration.

Ce n’est pas l’air qui soulève les côtes mais les côtes qui, en s’élevant, ou le diaphragme en s’abaissant, font entrer l’air dans les poumons.

D’autres muscles, mais surtout les poumons, ont la fonction de réduire le volume thoracique et le phénomène inverse des pressions crée l’expiration.

Nous pouvons respirer sans savoir ce que nous mettons en jeu dans notre corps, mais il est certain qu’en connaissant et en éprouvant la mécanique respiratoire, nous sommes en mesure d’optimiser son usage et de l’ajuster en permanence selon le contexte.

La troisième difficulté est liée aux représentations mentales individuelles et collectives.

Avec quoi respires-tu ?

— Avec le nez.
— Moi, avec les poumons.
— Avec mon ventre.
— Avec tout à la fois.

TU observes ta respiration à différents étages de son fonctionnement. En fait, tu regardes une manifestation de la ventilation. Un ou plusieurs éléments qui ne t’aident en rien pour expliquer comment tu fais entrer l’air dans tes poumons.

Il est intéressant de noter que la respiration est toujours montrée sur la face antérieure du corps, jamais sur la face postérieure.

« Mais je sens bien que ma respiration se fait devant ».

Tu sens tes narines s’ouvrir, ton thorax se soulever, ton abdomen s’expanser ... ce que tu dis sentir est la perception, c’est l’analyse par ton cerveau des informations données par des capteurs. Mais qu’est-ce qui te fait chercher des sensations à l’étage du nez, du thorax ou de l’abdomen, sinon l’idée reçue ou préconçue. TA représentation que c’est par là que les phénomènes se déroulent ?

Tu cherches des informations là ou tu penses les trouver. Tu as même l’idée de la perception que tu dois rencontrer, ce qui ne t’aide pas à multiplier tes repères.

A la question : « Avec quoi respires-tu ? » personne n’évoque spontanément le périnée ou le dos. Pourtant si je pose ma main entre tes omoplates, le rythme, l’amplitude de ta respiration se modifie et tu utilises différemment les muscles élévateurs des côtes. Cela va peut-être t’aider à éprouver les mouvements de ta respiration thoracique postérieure et à ajouter cette information perceptive à la connaissance de ta respiration.

La respiration d’en haut et celle d’en bas

Nous pouvons distinguer la respiration que nous mettons en œuvre et celle que nous nous représentons. Autrement dit, celle que nous observons au niveau du nez, du thorax, de l’abdomen et celle qui est dans notre tête. Elles sont distinctes et peuvent s’influencer mutuellement, par exemple au cours d’une approche pratique des mouvements de la respiration. Mais de façon générale, notre construction mentale de la ventilation conditionne l’action respiratoire.

Nadine disait : « Je respire avec l’abdomen et je ne peux me relaxer qu’en position ventrale sur le sol car je ressens mieux ma respiration ainsi ». A la suite d’une consigne visant la mobilisation du thorax, Nadine a déclaré que c’était impossible pour elle : « J’ai été opérée à cœur ouvert à l’âge de 15 ans, j’ai porté une minerve pendant huit ans et depuis mon thorax est bloqué ... »

— « Nadine, j’entends bien ce que tu dis mais j’observe en même temps qu’une faible pression de tes doigts mobilise tes côtes, est-ce que je me trompe ? ».

La suite de l’entretien et les propositions ont aidé Nadine à rencontrer sa respiration différemment. Depuis, elle utilise son thorax et elle peut vivre une relaxation sans être sur le ventre.

Seule la représentation de son thorax figé limitait l’usage qu’en faisait Nadine. Chacun est compétent pour respirer. Nous avons tous, en nous, toutes les conditions essentielles à la réalisation de l’ensemble des mouvements de la respiration mais la compétence n’est qu’une virtualité dont la mise en acte est la performance.

Notre performance respiratoire s’améliore si notre représentation du mouvement est proche de la mécanique de ventilation. Cette exploration ne peut se faire qu’au rythme et selon les motivations de chacun.

L’histoire de notre respiration est déjà longue lorsqu’un « spécialiste » à l’air inspiré s’applique pour nous apprendre à souffler. Nous l’évoquerons dans un prochain article.

Article paru dans Les Dossiers de l’Obstétrique / N° 210 / Octobre 1993 ... Liens vers Les Dossiers de l'Obstétrique

haut de page SPIP powered - Réalisation ©2005 SCM